mercredi 18 avril 2007

Quand Royal esquive les questions

En cette fin de campagne, la candidate annule rendez-vous et interviews.

CE QUI N'ÉTAIT au départ qu'une mauvaise habitude est devenu une stratégie. Depuis le début de la campagne électorale, Ségolène Royal a « posé des lapins » à une bonne douzaine de médias. Mais dans cette dernière semaine, elle annule les interviews, en cascade. Alors qu'elle devait plancher hier matin devant les lecteurs du Parisien - un exercice d'ordinaire très prisé des politiques - elle a annulé in extremis sa venue, lundi après-midi. Le 10 avril, elle s'était fait remplacer au pied levé par Jean-Pierre Chevènement sur Europe 1. Hier matin, les agences de presse internationales Reuters et Associated Press, qui avaient rendez-vous au QG de Royal, boulevard Saint-Germain, ont fait antichambre pendant une heure et demie, avant qu'on leur annonce que l'interview était annulée, la candidate n'ayant « pas eu le temps de lire les questions » qu'elles avaient été invitées à lui transmettre par avance.
Les questions, c'est bien là le problème. Après avoir sans cesse promis des rencontres régulières à la presse, la candidate a trouvé un nouveau style de communication peu participatif : la déclaration sans question ! Ce fut le cas, lundi soir à Nantes, lorsqu'elle a annoncé que la lutte contre les violences faites aux femmes serait élue « grande cause nationale » et aussi hier matin à Paris pour sa déclaration sur le train de vie de l'Etat (lire ci-contre). Et lorsqu'un journaliste ose tout de même poser une question, la candidate botte en touche tandis que le directeur de campagne François Rebsamen met fin à l'échange d'un « Bon, voilà » qui sonne comme un ite missa est.


Posture antisystème


Le tournant dans l'attitude date de l'annonce précipitée du Contrat première chance. Mal préparée, la candidate a fait face à des questions précises, auxquelles elle était bien en peine de répondre. Puis, lorsque le débat s'est mis à tourner autour de l'appel de Michel Rocard à une alliance avec François Bayrou avant le premier tour, elle a tout fait pour échapper aux questions sur sa stratégie. La formule de la déclaration lui permet de choisir elle-même le terrain sur lequel elle se place, en imposant son thème du jour, notamment aux télévisions et aux radios.
Royal estime qu'elle peut se permettre de dire non aux médias, même si elle s'était engagée auprès d'eux auparavant. Après tout, la posture antimédia et antisystème a profité à François Bayrou en début de campagne et la dénonciation du poids de la presse est un thème porteur, notamment dans les classes populaires. « On n'est pas là pour faire vendre des journaux. Ce n'est pas ce que les Français attendent », lâche Rebsamen. Et de glisser que la candidate a tiré les leçons de 2002 : elle veut garder sa liberté pour « être réactive aux événements », comme elle l'a fait à Nantes en se saisissant du meurtre de Sophie Gravaud comme point d'appui pour sa campagne. Rappelant que Lionel Jospin était « engoncé dans son programme de déplacements », Rebsamen ajoute : « Avec elle, on n'aura pas papy Voise qui passe pendant une semaine sans qu'elle réagisse. »

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